
«Le stress intelligent», Christiane DONATI, Ed. Démos, Paris, 2002
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I. Histoire du mot
Avec son accumulation de consonnes, son unique voyelle, le mot "stress" constitue, pour le francophone moyen, une sorte de coup de poing vocal qui vient rythmer le récit, aussi souvent répété qu'entendu, de nos tensions et préoccupations quotidiennes. Comme un refrain à la mode, il vole de bouche à oreilles, traverse les bureaux, rôde dans les couloirs. Il rebondit dans les ateliers, se faufile dans les austères salles de conseil, s'épanouit dans les métros bondés et les embouteillages. Comme un phénomène de mode qui cependant ne se démoderait pas, il vient régulièrement s'exposer en majuscules tapageuses sur la couverture des magazines les plus sérieux, L'Express, Le Nouvel Observateur ou Capital.
Malgré son petit air emprunté au vocabulaire anglais mondialisé du XXe siècle, c'est un mot que l'on trouve dans l'ancien français du XIIIe siècle, où on l'appelait destrece, ce qui a donné détresse, ou dans le mot estresse : étroitesse, oppression, lui même issu du latin stringere qui signifie serrer, resserrer.
C'est au XIVe siècle, que le mot, peu soucieux des barrières linguistiques, saute par-dessus la Manche. La notion de stress est alors utilisée par les anglais dans le sens d'"affliction, malheur, difficultés, adversité"(nous conseillons à ceux de nos lecteurs qui s'intéressent aux subtils détours du cheminement historico-géographique du mot de consulter l'entrée "stress" du Dictionnaire historique de la langue française, dans la série des Dictionnaires Le Robert).
Par la suite, le même mot a alors été adopté par ces scientifiques très sérieux que sont les physiciens, qui n'ont pas hésité à lui faire franchir la barrière des disciplines. Ainsi le stress quitte le domaine fragile de la souffrance humaine pour prendre sa dimension de concept solidement établi dans l'espace des choses concrètes. Il désigne alors "la force intérieure produite dans un corps par toute force qui tend à déformer ce corps" (Isabelle Paulhan et Marc Bourgeois)1. C'est très précisément dans ce passage de la psychologie à la physique (et réciproquement de la physique à la psychologie), dans cet aller-retour toujours ouvert entre le monde impalpable des phénomènes psychiques et l'univers des choses palpables, que réside l'immense richesse et la vitalité pas encore démentie du concept de stress.
Et c'est très précisément le choix que nous proposerons dans les chapitres qui suivent, en privilégiant la compréhension du stress autant dans sa dimension psychique que dans sa dimension corporelle, ces deux niveaux de connaissance nous semblant aussi indispensables l'un que l'autre. Comme Arlequin serviteur de deux maîtres, le stress est à la fois au service de l'esprit et au service du corps
Cette double approche se confirmera logiquement dans les niveaux d'analyse qui seront proposés à ceux parmi les lecteurs qui souhaitent continuer, avec cet ouvrage, ce lent et patient travail toujours nécessaire pour repérer, comprendre, élucider, et chercher à apprivoiser leur propre stress.
Ce double point de vue se maintiendra enfin dans la présentation de moyens tant individuels que collectifs pour agir avec efficacité face aux innombrables stress de la vie professionnelle. » (p.11-12)
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